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(TEMOIGNAGE) MOISE RAMPINO, ANCIEN DETENU : «Rebeuss, c’est la maison des esclaves des temps modernes»

«A la chambre 09 où j’eus fait 4 mois, nous fûmes 220 détenus entassés dans cet endroit long de 12 mètres et large de 08 mètres comportant une toilette de deux mètres carré sans porte s’il vous plait. Les détenus urinent sur le mur, lieu aussi qui sert à faire le linge, laver les bols, se brosser les dents et faire les ablutions. Et parfois même, il est fréquent d’y constater des coupures d’eau. Imaginez alors le décor indescriptible. Une petite bâche verte qui couvre à moitié la toilette sert de portail. Ainsi, le détenu est exposé au regard de ses codétenus aussi bien lorsqu’il se lave que lorsqu’il fait ses besoins. En somme, c’est l’être humain qui y est réduit à sa version animale. C’est dans cette chambre que sont détenus les récalcitrants et autre présumés dangereux criminels.

La chambre 09, cachot des gangsters

Mes pensées vont à mes frères Ousseynou Diop, accusé du meurtre du taximen. Un homme bien éduqué qui ne regarde jamais une personne droit dans les yeux, toujours calme et le sourire aux lèvres. Que dire de mon frère de Kébémer, Tier Gambien, accusé du meurtre d’Awa Ndiaye au Pentola. Petit de taille, voilà un monsieur qui passe tout son temps à lire le Coran. Il lui arrive même de pleurer en récitant des versets coraniques. Mais bon, nul n’est infaillible et nul ne peut échapper à son destin. Je ne saurai oublier Kader qui fut aussi coupable du meurtre d’un Nigérian aux Parcelles-Assainies, tout aussi calme et toujours un livre à la main. Jamais je ne l’ai entendu dire du mal de quelqu’un et j’étais loin de m’imaginer qu’il ait pu tuer une mouche, jusqu’au jour où il me raconta son problème. Que dire de mon grand Cheikh Oumar Diedhiou qui fait partie de ceux qui sont accusés de la tuerie de Boffa Bayote. Nous partagions chaque jour le même repas, digne et très respectueux comme tout bon diola. Saliou Boye, accusé d’avoir tué Mariama Sagna, est tout aussi calme, même si l’on n’a pas une certaine affinité. Par contre, son présumé acolyte, Ousseynou Diop alias Weuthieu est mon petit frère et dormait tout juste à ma droite à la chambre 13. Il m’a juré qu’il n’y ait pour rien dans cette sordide affaire. Un homme chétif qui pèse à peine 60 kilos et qui est à peine âgé de 20 ans. Un garçon très serviable, très correct et qui ne se plaint jamais. Il fut le cadet de la chambre et fut bien aimé car nous eûmes tous pitié de ce charretier. Loin de moi toute idée de le défendre, mais d’après ce qu’il m’eut expliqué il n’y ait pour rien. Et, j’ai le droit de le croire. A 23 heures, sonne l’heure du placement. Les flagrants délits (ceux qui ont commis des délits mineurs) sont paquetés. Mais, ils ne se couchent pas. Ils s’assoient du matin au soir par rangée de 5. Il peut y avoir 20 rangées de 5. Raison pour laquelle, il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait une violente bagarre. Et du sang y coule fréquemment. Certains dans la chambre disent que c’est le Djinn de la chambre qui aime le sang. Les correctionnels, quant à eux, se couchent mais d’un côté. Impossible de se retourner ou d’aller aux toilettes durant la nuit au risque de ne plus avoir où dormir.

«Je fus muté de force à la chambre 13»

Après  mes 04 mois à la chambre 09, je fus muté de force à la chambre 13. Une chambre moins peuplée, mais toujours le même décor. Des détenus qui s’asseyent jusqu’au petit matin et des correctionnels qui sont paquetés comme des sardines. Là-bas, j’eus rencontré Alioune Badara Sané, neveu de Cheikhou Omar Diedhiou, dont le père vient de décéder. A l’époque, je me souviens, il me disait que son père était gravement malade et me suppliait de ne pas les oublier une fois dehors. Ce que je ne ferais pas. De fond en comble, il m’expliqua ce qui s’est réellement passé et jusqu’à preuve du contraire, je crois en son innocence car, après tout, il est présumé innocent. C’est là-bas, que je fis aussi la connaissance de mon ami Samba Sow alias Bathie, accusé du meurtre de Fatoumata Mactar Ndiaye. Logé à la chambre 14, je profitais souvent des heures de cour pour tenter de lui tirer les vers du nez. Mais il est très intelligent et accuse les hauts responsables de la mouvance présidentielle. Il me parait curieux alors de voir que certaines hautes autorités venaient le voir assez souvent en prison. Pour quoi faire ? Je donne ma langue au chat. Il connait trop bien l’Apr et grâce à lui, j’ai pu mieux cerner celui qui nous dirige et sa femme.

«Ce fut bien un mal nécessaire pour moi que d’être passé par la case prison»

Même un livre ne suffirait pas pour décrire toutes les atrocités qui y sont commises. Les détenus y sont torturés par les gardes pénitentiaires. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, le meurtrier d’Ibrahima Mbow court toujours. Comme pour vous dire, ce fut bien un mal nécessaire pour moi que d’être passé par la case prison car des informations on en récolte à satiété. Que dire de la cellule punitive dépourvue d’eau et d’électricité et où j’eus fait plus de 19 jours. Appelée dans le jargon des jailman chambre noire, ce lieu sert de punition à tout prisonnier qui enfreint les règles de la prison. J’y eus fait d’abord 08 jours car m’étant révolté contre les gardes pénitenciers qui voulaient me torturer.

«J’étais à un doigt de la mort»

Et 11 autres jours, en raison d’une grève de faim pour demander à être jugé et n’eut été le directeur de l’Administration pénitentiaire, le colonel Bocandé, j’allais y mourir puisque j’étais à un doigt de la mort. Là-bas, on ne porte pas d’habits, on y est seulement muni d’un caleçon malgré le froid glacial qui y prévaut. On dort à même le sol et on y est muni que d’une bouteille d’eau de 1,5 litre. La porte y est fermée à double tour et il y fait extrêmement sombre. C’est là où fut décédé Ino. Pas d’heure de cour, on y est encastré 24/24. Rebeuss, en somme, est un monde à part entière qui rime avec bagarre quotidienne sanglante entre détenus, tortures, atrocités et souffrances au quotidien. Mais fort heureusement que notre frère Guy Marius Sagna y est épargné puisqu’il loge au 5e secteur qui est réservé au Vip. Un secteur où les chambres contiennent à peine 10 personnes et où le confort est de rigueur. Loin des conditions de vie inhumaines, dégradantes et esclavagistes de ses concitoyens».

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