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RELATIONS MAGISTRATS-AVOCATS : Je t’aime, moi non plus

Un autre incident qui vient embraser les relations déjà conflictuelles entre avocats et magistrats sénégalais, depuis quelques temps.  

Les rapports entre ces acteurs de la Justice se sont détériorés depuis quelques années. Ces relations conflictuelles se manifestent le plus souvent à travers les incidents notés au cours de certains procès. Cela donne même parfois l’impression d’un règlement de compte. En 2016, Me Mame Adama Guèye a soulevé une corruption dans la magistrature, dans l’affaire Wartsila, un contentieux dont il défendait les plaignants, parlant d’une «Justice sénégalaise corrompue jusqu’à ses plus hautes instances». Ce qui avait en son temps soulevé tout un ramdam. Une convocation à la Section de recherches avait même été annoncée, avant que les protagonistes n’en reviennent à de meilleurs sentiments. Au procès Khalifa Sall, un incident avait fait dire au bâtonnier à l’endroit du juge Lamotte : «arrêtez de juger les avocats».  Une position réitérée à la rentrée solennelle des cours et tribunaux lorsqu’il évoquait les pouvoirs exorbitants du procureur qui en use et en abuse. Auparavant, un juge avait publiquement accusé un membre du barreau d’être «l’avocat le plus nul du barreau».

La sortie du bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, vendredi à la prestation de serment des nouveaux avocats au palais de justice dans, ne laisse guère indifférente l’Union des magistrats sénégalais (Ums) qui s’en offusque. En fait, dans ses propos, Me Mbaye Guèye a reproché au procureur d’avoir volontairement interdit que Khalifa Sall et Cie soient assistés par leurs avocats lors de l’audition à la Brigade des affaires générales (Bag).

Parlant du cas Thione Seck dont la procédure est annulée pour «vice de forme», Me Guèye qui termine son mandat au mois de juillet s’est également indigné contre l’inapplication du règlement n°5 de l’Uemoa qui consacre la présence de l’avocat dès l’interpellation, sous peine de nullité. «Si jamais on me pousse à bout, je révélerai tous leurs secrets. Pour le moment, je m’en arrête à ça. Qu’on arrête sinon, le barreau sous ma direction, saisira toutes les juridictions internationales et les organismes des Nations-unies pour que cette affaire connaisse une fin», avait-il relevé.

Cette déclaration fortement relayée par la presse le lendemain a poussé, hier, l’instance des juges et des procureurs à l’indignation collective. «Le 22 mai 2019, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats a fait de graves déclarations à l’encontre des magistrats du parquet qu’il accuse d’arrestations illégales», lit-on dans un communiqué de l’Ums publié dimanche 27 mai 2019.  «Il a fait des menaces de déballages et même de saisine d’organismes des Nations-Unies et a accusé le procureur de la République de Dakar d’avoir instruit la violation délibérée du Règlement n°5/CM/UEMOA dans l’affaire Kalifa Sall», mentionne dans les mêmes circonstances la même source. 
 

Ainsi, les magistrats disent condamner avec la plus grande fermeté ces «attaques personnelles» en déphasage avec les règles les plus élémentaires de courtoisie et de respect qui doivent prévaloir entre avocats et magistrats. Jugeant les propos du bâtonnier «injustifées», l’Ums regrette qu’ils soient tenus sur la base de considérations fondées sur une opinion personnelle du déroulement d’une procédure. 

«L’Ums rappelle qu’aucune disposition légale n’interdit une arrestation devant la prison et qu’en tout état de cause, les divergences de vues qui sont le propre du débat judiciaire, doivent trouver leur solution à travers l’exercice des voies de recours. Mais, elle juge inacceptable qu’une personne, fut-elle bâtonnier, puisse s’ériger en censeur des magistrats et brandir contre eux des menaces. L’Ums en appelle au sens de la retenue et de la responsabilité de tous», avertissement le président Souleymane Téliko et ses collègues 

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