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PRATIQUE POLITIQUE AU SENEGAL : Entre jeux de coalition et transhumance

La pratique politique, au Sénégal, a atteint un point de non-retour dans la mesure où la politique politicienne demeure, sans contexte, prépondérante. Et empêche, de manière effective, à l’Etat de s’émanciper.

 Après le diktat du parti unique, le Sénégal connait la dictature des coalitions de 1988 à 2018. Les manifestations indiquées par la météorologie politique traduisent l’immense dégringolade des partis politiques. Cela, du fait de l’institutionnalisation de la quête effrénée des rentes de situation et, surtout, de la prise en otage de l’Etat où se réfugient les responsables politiques qui ont conçu des procédés, comme la coalition, pour n’obtenir que des positions d’Etat.  Ainsi, certains leaders ont compromis l’existence de leur formation politique en l’aliénant. C’est le cas du premier parti politique sénégalais, le Parti socialiste (Ps), qui n’a pas présenté un candidat issu de ses rangs lors des élections présidentielles.  L’Alliance des forces du progrès (Afp) tout comme d’autres partis sont aussi phagocytés par la coalition soutenant la candidature du président sortant.

L’ultime soupir du militantisme politique est l’accentuation de l’entrisme et l’arrivée du crépuscule des leaderships, entrainant ainsi l’amenuisement de la représentativité des responsables politiques. Nul leader n’arrive maintenant à convaincre le peuple.

La légitimité et la légalité, en tant que facteurs déterminants en pratique de l’Etat de droit,   en rude épreuve 

La présidentielle de 2019 a marqué, de manière radicale, la fin de tous les systèmes politiques hybrides connus de 1957 à nos jours. Une élection qui n’a pas vu la participation des deux premiers partis du Sénégal, cela était vraiment inédit. Le Ps, par le truchement de ses leaders, n’a pas présenté de candidat socialiste, et de l’autre côté le Parti démocratique sénégalais (Pds) s’est vu invalidée la candidature de Karim WADE, du fait des modifications apportées aux lois électorales lui privant ses droits civiques, même si ses partisans défendent le contraire.

De plus, toute la lisibilité et la visibilité qu’affiche un leader ne tiennent, souvent, qu’à un recours sans mesure à la communication à ciel ouvert adoubée, malheureusement, par la médiatisation à outrance déployée par une presse révérencielle. Seulement, la prise de conscience collective et l’intelligence citoyenne du peuple suffisent pour, enfin, comprendre le désarroi que vit, désormais, le responsable politique et la faillite du militantisme subjectif et du propagandisme. Les populations observent une distance critique et affichent, depuis 2000, une forte circonspection dans la mesure où aucune politique nationale n’a encore résolu le non-développement qui ne cesse de s’installer sans répit. Et la pratique politique n’obéit à aucun système de pertinence politique.

En fait, le contexte politique actuel n’étonne, en aucune façon, le peuple qui a, par pragmatisme, décidé d’engager le combat économique pour l’amélioration de son niveau de vie. Manifestement, les responsables politiques ont manqué de perspicacité et leurs calculs n’ont tous visé que l’obtention de rentes de situation ou l’occupation des positions d’Etat qui leur conférerait, sans exception, des privilèges démesurés. Ainsi, les activités politiques deviennent permanentes et le jeu des coalitions rythme l’ambiance.

Heureusement que les coalitions ont, actuellement, atteint toutes leurs limites, d’autant que leur impuissance a été à l’origine du parrainage dont l’objectif latent étant d’écarter certains candidats. Ce qui a développé un dépit national, une ardente volonté de renforcer un patriotisme ouvert et concret et une fascinante détermination des populations à relever tous les défis. C’est dire que la légitimité et la légalité, en tant que facteurs déterminants en pratique de l’Etat de droit, sont mises en rude épreuve par les nouvelles dispositions des lois électorales. 

Le Conseil constitutionnel n’a pas su convaincre la classe politique, à cause de ses décisions qui n’ont pas su encadrer le processus électoral en créant un bon climat de confiance avec les différents acteurs. Or, l’appellation sage renvoie à une certaine image que les 7 magistrats du Conseil constitutionnel devraient intégrer pour que leurs décisions ne souffrent d’aucune contestation. L’élimination de certains candidats pour cause de parrainages et l’invalidation des candidatures de Khalifa SALL et de Karim WADE font que certains commencent déjà à porter le discrédit sur le Conseil constitutionnel.

Il y a eu tellement de controverses que l’on se demande si l’appel au dialogue lancé par le président de la République pourrait-il constituer une parade efficace pour rééquilibrer le jeu politique.

Ali Billy DIOP

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