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DOSSIER BETHIO THIOUNE ET CIE : Résumé des 7 ans de procédure

(www.flagrantdelit.net) – Sept ans exactement après, l’affaire Madinatou Salam vient en procès, ce mardi 23 avril 2019, au Tribunal de grande instance (Tgi) de Mbour. Pendant 9 jours, les accusés seront jugés pour le double meurtre de Bara Sow et Ababacar Diagne. Entre 2012 et 2019, le dossier a traversé plusieurs péripéties : de l’enquête préliminaire au jugement en passant par l’instruction.

ANNEE 2012

Dimanche 22 avril : Une furie meurtrière s’empare du village de Keur Samba Laobé, suite à des affrontements entre Thiantacounes, les disciples du marabout mouride Cheikh Béthio THIOUNE. Ses talibés Bara SOW et Ababacar DIAGNE improvisent une visite de courtoisie à leur guide. Mais ils ne pourront le faire puisque leurs condisciples qui leur réserveront un destin funeste. L’un a été tué par balle tandis que l’autre a été tabassé à coup de machette et enterré vivant, selon l’accusation. Le crâne de Bara Sow a été pulvérisé à l’aide d’un objet tranchant et, sur son dos, on retrouve des blessures qui semblent être causées par un objet pointu. Le corps de Ababacar Diagne a été criblé de balles de calibre 12. Selon l’expert balistique, il s’agit d’un fusil de chasse et qu’une seule cartouche suffit à liquider un phacochère. Sur le cadavre d’Ababacar Diagne, 12 orifices provoqués par des billes de plomb sont trouvés.   

Lundi 23 avril : 36 suspects sont arrêtés à 18h par des éléments du Gign (Groupe d’intervention de la Gendarmerie Nationale). Il s’en est suivi un point de presse du procureur de la République de Thiès de l’époque, le magistrat Ibrahima NDOYE. 

Jeudi 26 avril : Les 21 suspects sont inculpés par le doyen des juges d’alors, Abdoulaye Hassane THIOUNE, pour les crimes de «complicité de meurtre, inhumation de cadavres sans autorisation, détention illégale d’armes, association de malfaiteurs, recel de cadavre». Ils sont ensuite placés sous mandat de dépôt et incarcérés à la Maison d’arrêt et de correction de Thiès. Les autres suspects remis en liberté, faute de preuves.

Lundi 09 juillet : Cheikh Bethio entendu sur le fond du dossier, en présence de ses 12 avocats. Il nie son implication dans le double meurtre. Il déclare n’être ni auteur, ni commanditaire du crime. Face à face avec le procureur et le juge au cours duquel il a été interpellé sur ses relations avec ses défunts talibés, ses armes.

Vendredi 20 juillet : Les avocats de la défense déposent une première requête aux fins de demande de mise en liberté provisoire. Elle sera rejetée par le juge qui allègue, comme motifs : la «gravité des faits», le «risque de fuites» et celui de «trouble à l’ordre public».

Juillet 2012/Janvier 2013 : 5 demandes de liberté provisoire sont refusées par les juges, avec comme motif supplémentaire le risque de «subornation de témoins».

Lundi 30 juillet : Reconstitution des faits sous la direction du procureur de la République de Thiès.

Mardi 16 octobre : Cheikh BéthioTHIOUNE est transféré de la Mac de Thiès à la Maison d’arrêt Rebeuss, pour des «raisons de sécurité».

Lundi 22 octobre : Les Thiantacounes assiègent la capitale. Dans la matinée, l’activité économique du marché Sandaga est paralysée par leurs actes de vandalisme. Ils scandent à tue-tête : «libérez Cheikh Béthio!». 130 sont saccagés, des bus de Dakar Dem Dikk et des particuliers caillassés.  Du marché Sandaga au Centenaire en passant par l’avenue Ponty, les talibés veulent se diriger vers le Palais Présidentiel avant d’être stoppés par la brigade anti-émeute de la Police nationale. Des attaques simultanées sont notées à l’Ucad et dans la diaspora à Nouackchott, Paris, etc. certaines régions sont également été touchées par la furie des Thiantacounes, notamment Mbacké, localité proche de Touba et de Dianatou Mahwa, fief respectif des mourides et des Thiatacounes. Plusieurs arrestations sont opérées par la police et les 53 suspects traduits en justice.

Jeudi 15 novembre : le procès des 53 Thiantacounes s’ouvre à Dakar. Ils sont jugés pour les délits de «rassemblement non autorisé» et «destruction de biens appartenant à autrui», en rapport avec les actes de vandalisme commis dans les rues de Dakar.   

Mardi 27 novembre : Nouveau transfèrement de Cheikh Béthio de Rebeuss au Pavillon spécial (hopital Le Dantec), pour des «raisons de santé».

Jeudi 29 novembre : le verdict tombe : 26 condamnés à 2ans de prison dont 6mois ferme, 5 autres à 2ans dont 1an ferme et les 22 restants bénéficient d’une relaxe pure et simple. Les coupables sont condamnés à payer  170 millions Francs Cfa à la société de transport public Dakar Dem Dikk, en guise de dommages et intérêts. 

Jeudi 06 décembre : L’avocat-député Me El Hadji DIOUF convainc le ministre de la Justice de l’époque, Aminata TOURE, de la nécessité de faire sortir Béthio THIOUNE de prison. Profitant du vote du budget 2013 du ministre de la Justice, l’avocat plaide pour une évacuation en France pour une prise en charge médicale adéquate. Réponse de Mme le garde des sceaux au moment des faits : «Ce n’est pas le ministère de la Justice qui accorde la liberté provisoire. C’est au juge d’en décider et jusque-là, il en a décidé autrement. Et malgré ce refus, les droits du prévenu ont toujours été respectés. Il reçoit des visites et son suivi médical est régulier (…)».  

ANNEE 2013

Vendredi 11 janvier : le cardiologue Ibrahima DOUCOURE estime que l’état de santé de Cheikh Béthio est «incompatible» avec la détention. 

Lundi 11 février : Le Cheikh obtient une autorisation de sortie pour aller se soigner en France, jusqu’au 07 mars de la même année.

Jeudi 21 février : Avant que l’autorisation de sortie n’arrive à expiration, la Chambre d’accusation accorde définitivement la liberté provisoire au Cheikh, pour «raisons médicales».

Mardi 10 septembre :La Chambre d’accusation libère 3  Thiantacounes, pour vice de procédure.Il s’agit d’Alassane NDIAYE (proche collaborateur du Cheikh) et les chauffeurs de celui-ci (Aziz Mbacké NDOUR et Serigne Saliou BARRO). Le procureur de Thiès n’a pas transmis à temps le dossier à la Chambre d’accusation dans le délai de 3 mois fixé par la loi. La Justice n’a eu d’autres choix que d’appliquer la loi en ordonnant la libération de ces détenus. Le ministre de la Justice de l’époque, Me Sidiki KABA, d’activer l’Inspection Générale de l’Administration de la Justice (IGAJ), corps de contrôle du de la Justice, pour enquêter sur les «négligences judiciaires». 

 

ANNEE 2014

Vendredi 10 janvier : Fin de l’instruction, les accusés sont renvoyés devant la Cour d’assises (devenue Chambre criminelle).

Jeudi 13 mars : Le recours contre l’ordonnance de renvoi en procès est déclarée irrecevable.

Vendredi 14 mars : La défense du Cheikh vole en éclats. Certains avocats réclament leurs honoraires, d’autres croisent les bras et ne participent plus à la procédure. Les uns se désistent, les autres boycottent tout simplement. «Nous ne pouvons pas continuer à poser des actes dans le cadre de sa défense sans la contrepartie de notre prestation. Cela est inadmissible. Le vrai problème, ce sont les honoraires. On ne comprend pas si c’est un refus ou une négligence. Tout acte posé par un avocat dans une procédure à un coût», requiert un membre du pool de la défense dans l’anonymat.

ANNEE 2016

Mardi 03 mai : S’estimant oublié, les détenus réclament leur procès dans un délai raisonnable. Ils dénoncent le fait que 4 sessions soient tenues à Thiès sans que leur dossier ne soit enrôlée.

Dimanche 25 septembre : L’ancien ministre de la Justice, Sidiki KABA, annonce la tenue du procès. «Ils seront tous jugés le plus rapidement. Les dossiers sont actuellement ficelés. Le temps judiciaire appartient aux magistrats (…)», avait-il déclaré il y a 4 ans à l’émission Grand jury de la Rfm. Malgré cette promesse, le dossier n’a pas bougé. Mais l’initiative ne sera pas suivie d’effets.

ANNEE 2017

Samedi 30 Septembre : Retour de Cheikh Bethio à Madinatou Salam

Lundi 04 décembre : Un autre chauffeur du Cheikh, Samba NGOM, dépose sur la table du juge d’instruction une demande de liberté provisoire.

Vendredi  15 décembre : La remise en liberté est accordée,   après 5 ans et 8 mois de détention à la prison de Thiès.  Il ne reste à présent que 16 personnes en détention : Amadou HANNE, Mame Balla DIOUF, Cheikh FAYE, Ali DIOUF, Moussa DIEYE, Khadim SECK, Mouhamed SENE, Mamadou GUEYE, Massamba FALL, Pape NDIAYE, Adama SOW, Demba KEBE, Mor Talla DIOP, Ablaye DIOUF, Ali DIALLO et enfin Demba DIALLO.

ANNEE 2018

Vendredi 20 juillet : Le Tgi de Mbour refuse la   liberté provisoire à 9 accusés dont : Samba FALL, Mamadou ANNE, Mamadou GUEYE, Demba KEBE, Moussa DIEYE, Khadim SECK, Mouhamed SENE, Aly DIOUF et Cheikh FAYE. 

Entre juin et décembre : 8 parmi les 16 Thiantacounes en détentionentament une série de grèves de la faim, pour exiger leur jugement. Certains d’entre eux sont évacués à l’infirmerie de la prison et le cas plus grave à l’hôpital régional de Thiès. Mamadou ANNE, chauffeur du Cheikh, tente de mettre fin à sa vie en buvant de l’eau de Javel, un autre a tenté de s’immoler. Ils protestent contre leurs longues détentions. Tous leurs camarades arrêtés dans cette affaire sont libérés, certains pour «vice de forme» d’autres par le biais de la liberté provisoire où pour des raisons de santé. Mais les 16 restent toujours en taule. Le drame social découlant de cette situation en dit long sur leur calvaire. Des familles se disloquent, certains voient leurs femmes quitter le ménage. Les uns (Mor Talla DIOP et Cie) n’ont  pas eu l’occasion d’assister aux funérailles de leurs parents décédés.  

Mardi 13 novembre : Les organisations de défense des droits de l’homme(Amnesty, Raddho, Lsdh, Asred) exigent la tenue sans délai du procèset s’insurgent contre la longue détention des accusés.  

Dimanche 25 novembre : Réagissant à la grève de la faim le ministre de la Justice d’alors, Ismaïla Madior FALL, fait preuve d’un manque de maîtrise caractérisé du dossier. «Le dossier est en phase d’être bouclé et la durée de l’instruction se comprend parce que c’est une affaire de crime de sang. On ne peut pas juger dans la précipitation. C’est cela qui fait que l’instruction a pris du temps (…)», déclare-t-il sur Rfm, alors que le dossier est déjà bouclé depuis 2013. Mieux, tous les accusés sont renvoyés en jugement devant la Chambre criminelle (ex-Cour d’assises).

ANNEE 2019

Janvier 2019 : Les Thiantacounes suspendent leur grève de la faim, à cause de l’élection présidentielle du 24 février. Ils accordent un délai de grâce à l’administration judiciaire.

Fin mars : Annonce du procès pour le 23 avril, au Tribunal de grande instance de Mbour. Au total, 19 accusés seront à la barre dont 16 en détention et 3  en liberté provisoire, y compris le Cheikh.

Mardi 23 avril : Ouverture officielle du procès devant le Tribunal de grande instance (Tgi) de Mbour. L’audience 8 jours. Ce fut entre interrogatoire des accusés, dépositions des témoins, plaidoiries des avocats des parties civiles qui réclament 3 milliards aux accusés, réquisitoire du    procureur de la République qui a la perpétuité contre Cheikh Béthio et certains de ses talibés et enfin plaidoiries de la défense

Lundi 06 mai : Le verdict tombe

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